Mercredi 1 août 2007
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Déceler selon quelles voies (…) du négatif, loin d’être à bannir, met en mouvement et peut activer : à faire apparaître selon quel autre plan ce qui paraissait « mauvais » révèle des ressources inexplorées, et même inenvisagées, se découvre une fécondité possible et devient en mesure de coopérer. (F.Jullien « Du mal/Du négatif » P20)
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Moins évident à gérer : le refus affiché par certains élèves de tout travail scolaire ; on dirait : de toute collaboration avec l’institution scolaire.
. refus de tout travail à la maison
. pas d’attention en classe
. venir en classe sans cahier ni livre, avant de venir carrément au collège sans cartable.
. indifférence affichée à tout résultat scolaire ; refus de toute punition…
Ils nous atteignent particulièrement dans le refus systématique de s’intéresser à ce qu’on peut leur proposer en classe.
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Je cite ici quelques lignes Anne Querrien (L’ensorcellement scolaire) :
Le travail comme seul et unique désir légitime, le devoir comme seule réalité. Pas le travail concret de telle matière, la production de tel ou tel objet ou service, l’application de tel savoir-faire. Non, le travail libre de toute affectation a priori, le travail libre de tout affect, le travail comme obéissance. Peut-on considérer l’école comme la machine centrale de la production du «travailleur libre » dont parle Marx, de ce travailleur qui ne désire que travailler et se reproduire comme travailleur, qui ne désire qu’obéir, ce qui ne l’empêche pas, au contraire, de lutter pour les meilleures conditions de sa reproduction ?
Les limites que la machine scolaire assigne au désir, les voies et moyens par lesquels elle le fait, la population qu’elle vise pour lui donner tel ou tel type de formation, varient selon les transformations de l’organisation du travail à laquelle la machine scolaire est subordonnée.(…) Il s’agit de transformer le désir de savoir, d’apprendre, en obligation de travailler, en obligation de désirer travailler. Il s’agit de transformer le désir de savoir, d’apprendre, en obligation de travailler, en obligation de désirer travailler.
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Ces élèves en refus scolaire nous poussent à la faute : les marginaliser à défaut de pouvoir les exclure. Or ils nous renvoient à des questions essentielles. « Le travail comme seul et unique désir légitime, le devoir comme seule réalité » ; « le travail comme obéissance » ; « Il s’agit de transformer le désir de savoir, d’apprendre, en obligation de travailler, en obligation de désirer travailler. ». Exagéré ? Peut-être. Faux ? Sûrement pas.
L’Education Nationale a pour mission de former des citoyens (et non plus des Humains : évolution intéressante, et positive à mon sens) ; le mandat n’est pas neutre, évidemment, il est éminemment politique. Et le refus de certains élèves de jouer ce jeu ouvre à des questions riches d’implications politiques. (Je ne dis pas qu’ils ont forcément raison ; mais ils exigent une réponse très réfléchie et motivée).
Parmi les questions posées : les adultes du pays nous demandent d’éduquer les jeunes à l’idée du « travail comme seul et unique désir légitime » ; ces mêmes adultes qui se flattent de vivre dans une société du loisir et de la consommation….
. Acceptons de reconnaître que nous identifions pour eux « travail » et « travail scolaire » : est-ce innocent de la part de notre corporation, dont c’est le gagne-pain sinon le fond de commerce ?
. Dans le même ordre d’idées : notre corporation rejette avec indignation le rapprochement de l’école et du monde des entreprises. Les remarques d’Anne Querrien soulignent qu’en fait l’école, dans cette séparation même d’avec le monde du travail réel, formate les jeunes pour le travail capitaliste. Exagéré ? Peut-être. Faux ? Sûrement pas.
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Etc.
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. Chercher avec eux comment s’exprime leur « désir de savoir, d’apprendre ». Les mettre devant leurs responsabilités…Le refus de travailler n’est pas un projet en soi.
. Accueillir leur provocation comme une mise en question importante ; mais aussi les conduire à formuler quel pourrait être positivement leur projet ?
(Dans cette optique, la proposition de l’option DP6 pour la 3e pour ces élèves est intéressante : occasion de se projeter sur un avenir à concevoir en termes positifs et pas seulement en refus ; expérience à suivre de près)
Etc.
(Je pars en vacances maintenant – et non pas deux mois entiers, comme veut le croire ma boulangère. J’emporte le texte d’Anne Querrien, qui mérite sûrement plus ample analyse, et aussi de notre part des réponses concrètes dans la gestion des classes.
Episode à suivre, donc)